Au delà des signes


 

Ce site est une collection de signes. Bien sûr des signes personnels: des textes, des images, des sons, version moderne du bric-à-brac exposé autrefois sur les manteaux de cheminée. J´aurais pu parler d´"objets familiers". Mais le mot "signe" invite mieux à la découverte. Car ce bric-à-brac a un sens. Comme un signe, il  n´est pas toujours immédiatement et entièrement compréhensible, il a souvent besoin d´être décodé, traduit, mis en relation avec d´autres signes pour être compris. Un signe ressemble à une trace rapidement identifiable, mais aussi porteuse d´informations cachées seulement disponibles à ceux capables de l´ interpréter. Les signes sont aussi des signes de piste...

Visiteur, je te convie donc à la découverte. Voici quelques indices pour t´orienter. Il y a d´abord les signes que l´on crée comme moyens d´appréhender le monde. Enfant, c´était les formes qui me parlaient. Je me souviens de pierres trouvées à la campagne, étrangement travaillées par la nature et ressemblant à des scories. J´essayai de me les approprier en les dessinant à l´encre de Chine. Je me souviens aussi de la beauté et de l´incroyable diversité des mousses qui poussaient sur les murs humides à Nazelles et que je tentai de collectionner dans un merveilleux petit jardin. Premières émotions, premières créations et, tout en jouant, merveilleux moments d´harmonie avec le monde.

Puis on prend conscience des signes des autres. D´abord des signes que sont les autres: photos, vidéos de la famille, des amis, des rencontres fortuites. Et puis il y a tous les signes qui ont été créés.
Parmi ces signes il y aura ceux que l´on fait siens et qui - sans que l´on sache vraiment pourquoi - resteront présents toute une vie. Mandrake le magicien par exemple. Mandrake, c´était à la sortie de l´école, chez un petit voisin, un monde féerique où tout était possible. Dix ans plus tard, au moment où la bande dessinée fait son entrée dans la peinture, c´est tout naturellement que Mandrake prend sa place dans mon musée personnel. Quant à mes films de cinéma préférés, ils se trouvent dans ma petite cinémathèque.

Il y a eu aussi le disque de Phaestos, que je découvrais jeune lycéen chez mon correspondant allemand à Mayence, dans l´édition Büchergilde Gutenberg du livre de Bodmer " The loom of language ". Sans doute plus sensible au mystère des signes qu´à leur signification (je m´intéressais fort peu aux tentatives de décodage), je les copiais d´abord soigneusement, rêvant de langage secret et d´aventures.

Et puis un jour on se demande: pourquoi sommes nous incapables de comprendre ces signes vieux de quatre mille ans? Comment savoir si, dans quelques milliers d´années, nos propres signes seront compréhensibles? Tous ces signes, pourtant faits pour faciliter notre communication, ne sont-ils pas de bien piètres représentants de nos pensées et de nos émotions?                          

Ne pourrait-on pas créer des mondes "parfaits", où toutes ces questions ne se poseraient même pas? Où la compréhension serait vérifiable et s´imposerait au delà des signes? Avec Frege les mathématiques (la logique) m´ont semblé une piste intéressante. Pure utopie bien sûr, car l´abstraction ne suffit pas à la perfection. Et puis, on accumule des signes sur des signes et tout devient terriblement compliqué. 

On pourrait aussi, comme Soulages, parier sur le regardeur du futur, pour qui le signe deviendrait une chose, à la fois merveilleuse et mystérieuse, mais vide de sens. Les signes ne seraient plus là pour dire. Ne resterait-il alors que le silence? Ou bien faudrait-il se contenter de documenter le passé?. Finalement, c´est bien à toi, visiteur, que reviendra le dernier mot.


                                                                                                                       Hubert Marchand


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